lutte contre le travail forcé des enfants au Mali
Les pouvoirs
publics, la société civile et les collectivités locales de notre pays
s'investissent depuis plusieurs années dans la lutte contre le travail
des enfants.
C'est ainsi que depuis 1998, un programme national
de lutte contre le travail des enfants a été lancé pour soutenir la
lutte contre le fléau. Afin d'optimiser le combat contre ce phénomène
avilissant, une Cellule nationale de lutte contre le travail des enfants
(CNLTE) vient d'être créée par le ministère de la Fonction publique, de
la Réforme de l'État et des Relations avec les Institutions. La
cérémonie solennelle de lancement de cette structure s'est déroulée
mercredi à l'hôtel Nord-sud sous la présidence de Maharafa Traoré, le
secrétaire général du ministère de tutelle, en marge d'un séminaire sur
le travail des mineurs. C'était en présence du représentant du Bureau
international du travail (BIT), Michel Grégoire, du secrétaire général
de l'Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM), Siaka Diakité, de
représentants de la société civile, d'Ong et de partenaires oeuvrant
dans le domaine.
Si pendant longtemps dans nombre de sociétés
traditionnelles en Afrique au sud du Sahara, l'assistance aux parents
dans les travaux domestiques ou champêtres a été perçue comme une
activité normale s'inscrivant dans une logique sociale et culturelle,
aujourd'hui le travail des enfants est une atteinte au droit de l'enfant
et à son épanouissement. Selon les experts est appelé travail des
enfants toute forme de charge dont l'accomplissement dépasse les forces
physiques de l'enfant. Toutefois, les travaux champêtres et domestiques
peuvent être tolérés à condition que l'enfant soit en mesure de les
accomplir sans préjudice pour son aspect physique et moral. La question
sera au coeur des travaux de ce séminaire auquel participent pendants
deux jours des experts venus de l'ensemble du pays.
L'éradication des
pires formes de travail des enfants dans tous les secteurs de notre
économie nationale est le principal objectif de la CNLTE. La cellule va
assurer la coordination, le suivi-évaluation de tous les projets et
programmes de lutte contre le travail des enfants dans notre pays. "La
CNLTE a une mission nationale. Elle doit sa création à cette dynamique
nationale", a expliqué son coordinateur, Boucary Togo, qui a plaidé pour
une collaboration très étroite entre tous les acteurs concernés. Le
représentant du BIT a, lui, énuméré les préalables nécessaires à la
réalisation des objectifs assignés à la cellule nationale de lutte
contre le travail des enfants. Il s'agit de la mobilisation et de la
participation de l'ensemble des acteurs et des divers partenaires
sociaux au plan national, du renforcement du travail en réseau, de la
coordination entre les acteurs clés aux niveaux local et national, et de
la mise en oeuvre de programmes multidisciplinaires. Ceci permettra de
prévenir le travail des enfants, d'offrir des opportunités de rechange
aux enfants victimes de pires formes de travail, à leurs parents, aux
employeurs et à l'ensemble de la communauté.
Le secrétaire général a
réitéré l'engagement des pouvoirs publics à renforcer la lutte contre le
travail des enfants. "En mettant en place une politique nationale et en
ratifiant la convention 182 de l'Organisation internationale du travail
concernant les pires formes du travail des enfants, notre pays a fait
preuve d'une volonté remarquable de lutter contre ce fléau. La création
de la CNLTE procède de la volonté de notre pays d'enclencher un
processus d'appropriation nationale des acquis, gage d'une pérennisation
des actions de lutte contre le travail des enfants au Mali", a précisé
Maharafa Traoré. La CNLTE, a-t-il ajouté, permettra d'améliorer
l'environnement juridique et institutionnel en vue de lutter plus
efficacement contre les pires formes d'avilissement des enfants.
Posted by leonard at 6:37 AM 0 comments
Vers la fin du travail des enfants ?
Aujourd'hui,
217 millions d'enfants travaillent encore dans le monde. Un chiffre
effrayant, certes, mais encourageant, car il a baissé de 11 % entre 2000
et 2004, selon le dernier rapport de l'Organisation internationale du
travail OIT 2. La lutte contre le travail des enfants, rappelée à tous
lors de la Journée mondiale de l'enfance le 20 novembre 3, était
jusque-là considérée comme perdue. Comment la situation s'est-elle
retournée ?
Isabelle Daugareilh : Des initiatives internationales
ont bien été prises au cours des dernières décennies, comme la
Convention n° 138, adoptée par l'OIT en 1973, sur l'âge minimum
d'admission à l'emploi (quinze ans ou dix-huit ans pour un travail
dangereux) ou la Convention internationale des droits de l'enfant de
l'Organisation des Nations unies (ONU) en 1989. Mais à la fin des années
quatre-vingt-dix, force a été de constater que parmi les enfants au
travail, 170 millions l'étaient dans les pires conditions. L'opinion
publique s'est donc mobilisée par diverses campagnes, comme la Marche
mondiale contre le travail des enfants, le boycott de tapis fabriqués
par des enfants pakistanais… À son tour, l'OIT a réagi,
en
incluant l'abolition effective du travail des enfants à la Déclaration
sur les principes et droits fondamentaux de l'homme au travail de 1998.
Dans la foulée, elle fait des pires formes du travail des enfants
(esclavage, travail forcé, recrutement dans les guerres, à des fins de
prostitution, etc.) sa priorité : la Convention n° 182 est adoptée à
l'unanimité en 1999.
Comment cette déclaration, de l'ordre de la recommandation, a-t-elle pu avoir un impact ?
I.D.
: Non seulement la Déclaration de 1998 a eu un impact, mais elle a
aussi renforcé le poids des conventions qu'elle mentionne. Comme la
nature juridique d'une déclaration n'est pas contraignante, celle-ci
compense par un mécanisme de suivi original : chaque État membre est
tenu de présenter un rapport annuel sur les mesures prises pour mettre
en œuvre les quatre droits fondamentaux de l'homme au travail que sont
la liberté d'association et la reconnaissance effective du droit de
négociation collective, l'élimination de toute forme de travail forcé ou
obligatoire, l'élimination de la discrimination en matière d'emploi et
de profession ainsi que l'abolition effective du travail des enfants.
Les États membres sont ainsi engagés, qu'ils aient ou non ratifié les
conventions dites « fondamentales » qui s'y rapportent. En effet, une
convention n'a normalement de force contraignante que si elle a été
ratifiée. Dans les faits, la plupart des États ont joué le jeu. On a
ensuite pu noter un mouvement de ratification des conventions citées
dans la Déclaration de 1998. Enfin, deux ans après son adoption, la
Déclaration devient le texte de référence pour les autres instances
internationales, comme le Fonds monétaire international (FMI) ou la
Banque mondiale…
Cette déclaration fait de l'OIT l'une des rares structures internationales efficaces ?
I.D.
: Oui mais pas seulement, les moyens y sont pour beaucoup. Dix-neuf
pays donateurs (dont la France) sont investis depuis 1992 dans le
Programme international pour l'abolition du travail des enfants (Ipec)
de l'OIT. Qu'il s'agisse de soustraire les enfants à la décharge de La
Chureca au Nicaragua, aux petites exploitations minières d'Ukraine, ou à
la métallurgie turque, ces programmes aident à mettre en œuvre des
actions concrètes et à transformer les législations nationales. L'OIT
adapte ainsi son expertise technique à 90 pays bénéficiaires. Sa
souplesse va jusqu'à transposer la définition du travail des enfants aux
particularités locales.
Le droit est une étape nécessaire à l'abolition du travail des enfants, mais très insuffisante au regard de la pauvreté ?
I.D.
: Oui, car le phénomène est complexe. Il est mondial et connecté à de
nombreux autres problèmes : pauvreté, éducation et formation, emploi,
culture, religion… La lutte contre le travail des enfants a ainsi été
freinée en Afrique subsaharienne (26 % d'enfants y travaillent) par une
forte croissance démographique, une grande misère économique et une
épidémie de Sida. L'expérience montre que rien n'est jamais
définitivement acquis, notamment lorsque des catastrophes naturelles,
des conflits ou encore des chocs économiques forcent les familles à
revenir à leur ancienne stratégie de survie. Ce sont autant de leçons
que l'OIT agrège à ses travaux de recherche. Ils montrent notamment que
le travail des enfants est à la fois la conséquence de la pauvreté et
qu'il la perpétue en retour. S'il y a plus de cent cinquante ans qu'un
avenir sans travail des enfants est à l'ordre du jour dans une partie ou
l'autre du monde, il reste « une de ces batailles sans fin qui se
perdent quand on arrête le combat 4 ».

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